Pendentif en bronze sur une chaîne nuragique, vers 800 à 600 av. J6C, provient de la tombe 10, Tharros, Sardaigne
Vous avez dit Nuraghes ?
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On raconte que ces artistes auraient trouvé l’inspiration un soir d’été, alors qu’ils admiraient les ombres longues des rayons du soleil couchant…
L’histoire, toujours contemporaine, Gramsci ajoutant qu’elle est une philosophie, c’est-à-dire une conception du monde dont la praxis aide à comprendre et à agir dans le présent, je marche au milieu des allées du British Museum, regarde des anciens symboles de modernités devenus désuets. Je rencontre, également, des vestiges abandonnés, oubliés de leurs propriétaires, et dont la seule consolation ait d’avoir survécu au sein de ce volumineux conservatoire. Orphelins, privés d’un environnement jugé essentiel pour mieux les appréhender, j'ai à cœur, toutefois, de les analyser ; je leur rends hommage si on veut. Cruelle destin que je m'inflige, encore une fois à traquer des informations sur la Botte ; un surplus d’application cette fois ? L’habitude qui sait ? Je ne dépasse pas le seuil de cinq salles visitées en vingt heures, et ce réparti sur trois jours. Lors de cette longue cérémonie, je m'arrête systématiquement devant les vitrines où des reliquats de civilisations romaine, étrusque, grecque et italique, sont exposés. Peut-être faisant preuve de trop de civilité à leur égard, je les aborde non comme des objets susceptibles de satisfaire une vaine recherche de quelques racines, mais par pur délice ; telles des successions de choses qui, l'une après l'autre, me replongent dans des souvenirs transalpins. Joie sans allégresse, tout en dedans, conscient que la connaissance humaine est limitée, j'envisage ces analyses comme un temps de possibilités, un nécessaire besoin, une nécessaire astreinte susceptible d'être à la source de révélations supplémentaires. Ainsi, là où d’autres ne verraient que du superflu, par le jeu de coïncidences et concaténations, je finis par débusquer ce que je ne cherchais pas ; une origine ; un stimulus capable de soulever de nouvelles envies ; un horizon insoupçonné jusqu’alors...
Elles sont trois. Ce sont des statuettes, des fruits d’une longue histoire de la Sardaigne vieille de plusieurs millénaires. Une histoire qui commença avec cette civilisation, les Nuraghes, puis passa par le développement des Judicats, l’hégémonie de Pise et de Gênes, la conquête catalano-aragonaise, jusqu’à la Savoie, l’Etat unitaire, voire les problèmes actuels. Une histoire populaire, puisqu'elle conserve une dimension épique et particulière ; car elle a été fatalement élaborée sous la tutelle de l’isolement, celle d’une grande île éloignée du continent, celle d’un obstacle à l’interaction qu’elle n’a jamais pu résoudre totalement.
Pourtant, depuis la côte toscane, il y a entre cinq-cents mille et trois-cents mille ans, des premiers êtres humains sont arrivés en Sardaigne. Pendant des millénaires leur présence a été éphémère ou occasionnelle, et ce, jusqu’à 5 000 années avant notre ère, jusqu’à ce que des colons y introduisent l’agriculture, l’élevage et la poterie. Alors ! Ce qui précédait irrémédiablement jeté dans le flou, je juge opportun de raconter une brève histoire de cette île, laquelle, toujours, a développé une image d’elle-même au nom de la distance, au nom d'une altérité du moins vécue comme une fatalité.
Aujourd'hui envisagés comme une référence originelle par les insulaires, les Nuraghes en sont le terreau. Un fort marqueur identitaire, une mystérieuse civilisation qui, au contraire de la Sicile, alimente le particularisme de cet isolat, et en marque le paysage...
Sans partir dans un long et ennuyeux développement, juste centré sur ce qui occupe, des bronzetti ; toujours à progresser par touches, à la suite d’archéologues on peut dire que les techniques de travail des métaux furent courantes sur l’île dès le troisième millénaire avant notre ère. Que fines, élancées, sveltes, avec un je ne sais quoi qui fait penser à des productions étrusques, ces statuettes incarnent un essor métallurgique qui, à l'âge du Bronze et du Fer, se produisit sur l’île. Au milieu des roches de son milieu, l’obsidienne un souvenir, sur cette île la plus grande de la Méditerranée, on réalisa tôt la fusion du bronze, mélange de cuivre et d’étain, chose alors rare en Méditerranée. La production comportait des armes, bijoux, outils quotidiens, au premier âge du Fer. Puis, à partir du neuvième siècle avant notre ère, les Nuraghes commencèrent à fabriquer des sculptures en bronze élégantes, des personnages, animaux et objets miniaturisés. Cette évolution figurative - ici peut-être des chefs de village ?- était l’expression d’une société qui changeait de structure et se hiérarchisait. Les figures de guerriers de différentes manières ; un archer, un fantassin avec une massue, un dernier l'épée courte de type crétoise à la main ; habillés à l’oriental avec des jupes et un tour de cou pour l’un d’entre-eux ; au-delà de ces statuettes, ils rendent la civilisation nuragique attirante par une oscillation subjective qui navigue entre des particularités locales et des influences extérieures. De facto, concentré d’abord sur les physionomies, un protège cou, des bonnets à cornes, un arc tendu, une cuirasse, des jambières, la pose presque classique d’un guerrier appelant des statuaires d’Héraclès, les conjectures vont bon train ; et, toujours sujette à trouver quelques similitudes plus ou moins vraies, l'imagination s’arrête, comme sources, sur celles de guerriers locaux qui avaient combattu, comme mercenaires, en Orient. La pratique de « prêt de combattants » ancrée à l’époque, la technique utilisée pour ces bronzes est celle de la cire fondue. Or, si on se réfère à cette référence alchimique, on peut, également, supputer des voisinages avec des productions du Lorestan iranien. Alors... pourquoi pas suggérer ?, la présence en Sardaigne de métallurgistes de cette région qui, eu égard à la tenue vestimentaire des soldats, créèrent des modèles suivis d’une production ultérieure, et locale, autonome cette fois. Ainsi célébrations de vertus guerrières avec en arrière-fond l'identité de la cour la plus puissante de l’Ionie orientale, à savoir les Assyriens, via ces bronzes si insignifiants, transpire la référence d'un climat culturel. Un climat où ce type de production servit les desseins politiques et festifs d’une classe dirigeante ; la Sardaigne, vers le début du premier millénaire avant notre ère, se trouvant parmi les intérêts, et sur les routes navales, des peuples riverains de la Méditerranée…
Suivant : Diane chasseresse