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PANICALE (SUITE)

PANICALE (SUITE)

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PANICALE (SUITE)
PANICALE (SUITE)
martyre San Sebastiano, Perugino, 1505

martyre San Sebastiano, Perugino, 1505

PANICALE (SUITE)
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PANICALE (SUITE)
PANICALE (SUITE)
PANICALE (SUITE)
PANICALE (SUITE)
PANICALE (SUITE)
technique du spolvero

technique du spolvero

PANICALE (SUITE)
PANICALE (SUITE)
PANICALE (SUITE)

 

Panicale (suite)

 

 

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La vie est là en cette heure avant midi. Tout est si calme. Le silence juste frôlé par les bourdonnements de paroles qui semblent à voix basse pour ne pas briser l’harmonie. Urbaine d’abord, la civilisation italienne a le génie des lieux anthropisés, prenant le soin de ne point défaire ce que les Romains et les communes indépendantes du moyen âge avaient mis en place. La piazza est tout pour un citadin transalpin ; le lieu des réunions citoyennes, l’espace ouvert qui accueille le marché, et l’agora où il est bon d’échanger ces idées sans retenue. Chaque borgo, même le plus infime, possède la sienne, et lorsqu’on débouche sur une position haute comme la mienne, on est stupéfait par les générations qui s’entrecroisent, circulent ou s’attablent à une terrasse, comme on le serait sur le bord d’un lac.

Au milieu des vieilles bâtisses, face à cette fontaine qui recueille dans une citerne octogonale en travertin les eaux d’un bassin surélevé, on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée douce pour ce lieu de convivialité qui rappelle certains endroits du Périgord. Activé par le changement, sans doute l’esprit encore brouillé par la fatigue accumulée durant une nuit sans réconfort, on laisse aller ses sensations, ébloui par l’éclat de l’histoire qui brille sur chacune des façades. Là, derrière le bassin aquatique qui apporte une fraîcheur printanière sous un soleil estival qui chloroforme, on prend plaisir à se sentir écraser par les masses imposantes du palazzo Pretorio et du chevet de la vieille église lombarde.

Puis la fatigue arrive, subite, sans prévenir, comme si la langueur des habitants attablés, devisant de l’avenir du monde, plongeant le nez dans la gazetta jusqu’à en faire disparaître leur visage, entraînaient vers une forme de somnolence. Las de l’activité menée depuis l’aube, on laisse les yeux prendre le relais de pieds surchauffés, et l’acte d’observer devient si agréable que l’on dérive sur chaque individu, sur les murs d’un autre âge entrecoupés de venelles étroites ou de tunnels qui débouchent on ne sait où.

Mais la passivité ne dure hélas qu’un instant, trop pressé que l’on est de vouloir découvrir et apprendre encore ; et mu par l’énergie de s’instruire, on affronte le difficile écueil des contingences de l’épidémie pour essayer d’obtenir un sésame apte à ouvrir les portes de la chiesa San Sebastiano.

Que faire là-bas ? Pourquoi tant de déterminations pour une chapelle si insignifiante et aux crépis délavés ? Mais, on sait. Averti par les voyages passés, on sait que de ce côté-ci des Alpes, les principes de l’abbé Suger ont été appliqués à la lettre, et qu’il suffira de délivrer la ferronnerie de ses chaînes, et d’ouvrir les battants usés du bâtiment cultuel, pour qu’un nouvel univers apparaisse. Et encore une fois, comme maintes fois auparavant, la lumière s’insinuant peu à peu dans la promiscuité de cet intérieur, on découvre un type d’œuvre inconnu chez nous, et qui ne peut que stimuler mes prétentions à revenir dans ce pays aussi souvent que possible.

C’est un mur qui s’offre à mes yeux illuminés par les coloris chatoyants et aquarellés qui semblent danser sur ce pan entier. Une fresque de Perugiono, le martyre de San Sebastiano, en un temps où on réclamait l’intersession de ce thaumaturge pour éteindre les ravages de la peste.

Le thème n’a rien de nouveau pour le natif de Citta della Pieve, il a produit celui-ci à de multiples reprises, et l’attitude du saint sur la fresque rappelle étrangement celui qui trône au Louvre non loin de la Joconde. Monde cruel, qui sous les injonctions de Dioclétien pousse quatre légionnaires à cribler de flèches le soldat qui refuse de renier sa foi, il ne souffre pas cependant. Le pathétique d’un Mantegna est bien loin de la façon de faire de l’Ombrien, et dans une attitude qui peine à reproduire les poses de la statuaire antique, dans un contrapposto, un teso et rilassato mal affirmés, on suit la silhouette élancée, langoureuse, et doucement illuminée du béatifié, pour s’appesantir sur son visage sans douleur, son regard mélancolique, rêveur, comme si sa fin proche il se projetait déjà vers un ailleurs.

Instruit des préceptes de Della Franscesca, peut-être averti de quelques écrits de Luca Pacioli ou encore d’Alberti, la composition aérée prouve une fois encore la maîtrise de l’espace du professeur de Raffaello. La rhétorique en devient simple, et dans un fond atmosphérique s’enfuit derrière un portique antique les verts d’un paysage qui glissent insensiblement vers un bleu de plus en plus passé où s’enfoncent les eaux du lac Trasimène.

Quant à cette danse étonnante des quatre autres personnages, libres de leurs mouvements par un pavage qui, grossissant à mesure qu’il s’approche de l’observateur, dilate la scène ; elle donne l’impression d’une pantomime ; comme si affublés d’étoffes de l’époque, de coiffes alambiqués, ils jouaient une pièce de théâtre. Par le jeu des couleurs complémentaires employées, chacun de leurs gestes se détachent distinctement sur le pavage bicolore, et par quelques regards plus curieux, plus proches de la fresque, l’usage du spolvero pour le dessin des contours des personnages se révèle.

La coïncidence n’est pas fortuite, car un des premiers utilisateurs de cette technique reproductive fut Masolino, l’enfant de Panicale. Et l’observation se poursuit des minutes et des minutes durant, attentif à l’aisance de la touche, large dans sa globalité ; aux zones ombragées, aux effets furtifs de clair obscur obtenus à l’aide d’un quadrillage serré noirâtre ou verdâtre lorsqu’il s’agit des acteurs. Et pour agrémenter le tout, comme si cela ne suffisait pas, voici qu’une discussion s’entame avec les guides sur cette façon de faire, sur les autres méthodes en usage, et je ne sais quoi encore du même registre…

 

Suivant : Disneyland au Louvre