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VOUS AVEZ DIT HYPERDULIE ?

VOUS AVEZ DIT HYPERDULIE ?

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Déposition, Henrich Van den Broeck

Déposition, Henrich Van den Broeck

VOUS AVEZ DIT HYPERDULIE ?
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VOUS AVEZ DIT HYPERDULIE ?
VOUS AVEZ DIT HYPERDULIE ?

 

Santuario della Madonna di Mongiovino

 

 

Précédent : Disneyland au Louvre

 

 

Alors que Panicale s’efface derrière le jaune de vallons brûlés par un soleil estival trop ardent, la route s’incline en pentes prononcées, en virages serrés, saupoudrés par endroit de particules accumulées sur ses bas-côtés. Immaculé de ces résidus volatiles, le blanc véhicule prend l’allure d’un pelage tacheté de boues, comme la peau d’un léopard. Rien ne bouge dans la campagne ombrienne endormie durant la langueur des heures qui suivent le repas médian de la journée, et seuls des tâcherons activés à la réparation du bitume d’une voie à l’état de vétusté, suent du labeur imposé par leur contremaître et les éléments extérieurs.

Les vitres grandes ouvertes, on s’astreint à trouver dans les méandres de bifurcations générées par les travaux son itinéraire. Puis on se prépare, pareilles aux minutes qui précèdent un devoir, révisant presque à voix haute les bribes de connaissances accumulées sur le lieu suivant que l’on se destine à voir…

L’affaire requiert néanmoins un certain savoir ; car là-bas, à peine à quelques battements d’ailes de Panicale, réside un de ces temples dévolus à la Madonna, tels que l’on en découvre souvent à la périphérie des borghi médiévaux. Tous identiques par leurs formes, ils sont les fruits plus ou moins directs de l’imagination du grand Bramante, l’enfant d’Urbino qui donna le « la » de ce type de constructions reproduites aux abords de Todi, Trevi, Piacenza, Montepulciano, et bien d’autres villes encore.

Mais d’où vint cette ferveur édificatrice qui surprend de prime abord ? Avec leurs faces carrées, échancrées sur chacun des côtés pour dessiner une croix grecque, ils portent triomphalement par-dessus leurs croisées un dôme majestueux, pareil au sein gonflé d’une mère sur le point d’allaiter. Ici la réalisation est remarquable ; elle a le mérite d’être une prouesse architecturale, à défaut d’élever l’âme. Répondant en tout point aux canons esthétiques de la Renaissance, sa pierre, que j’assimile à du tuf, s’écaille par endroit, sans pour autant enlever les formes de détails antiquisants qui font le charme de ses deux frontons placés dans des orientations opposées et que couronnent des fresques aux coloris passés protégées par un avant-toit à deux pans inclinés.

Mais tout semble vide autour de moi. Même les entrelacs de la ferronnerie d’un puits ne paraissent plus fonctionner depuis longtemps déjà. Quant aux bâtiments conventuels adjacents, au clocher en briques rouges plus récemment édifié, la décadence si mesure. Ainsi, à la ferveur du seizième siècle qui présida à l’élaboration du sanctuaire, semble s’être substituée une atonie. Comme un soufflet sorti des fourneaux, et finissant par s’aplatir, car servi trop tôt, les miracles, les demandes de Léon X, impatient de contrer les récriminations pour idolâtrie proférée par le parti réformé, le culte à la Mère de Dieu des Orthodoxes, sont retombés. Et ce n’est pas jusqu’à ces plantes sauvages ciselés sur des fûts, ces oiseaux endormis sur ces branches délicates, qui arriveront à chasser cette impression d’apathie.

Identique au malade obligé de garder le lit à la suite d’une température du corps trop élevée, la fièvre semble avoir quitté les lieux, et la léthargie ambiante interroge sur la nécessité, peut-être immédiate, de devoir faire le chemin à rebours. Est-ce ouvert ?... Il faut croire que la somnolence n’a pas encore réussi à extirper les germes de toute activité humaine. Et le lourd battant de l’entrée principale ouvert à grande peine, encore une fois aux altérations du dehors succède un mélange de croyances et de paganisme qui fait le charme des chiesa d’Italie. Il y a du coloris, une atmosphère un peu trop surchargée, presque embrouillée, qui porte les défauts et les qualités d’un art pour l’art centré sur la religion tel que Buonarroti le développa indirectement. Le caractère des personnages sur les parois des chapelles latérales s’écarte de l’imitation de la nature avec des corps délibérément allongés ; et on passe sur certaines œuvres pour se concentrer sur d’autres, plus expressives et interrogatives. Un regard, vers la coupole et ses auréoles de personnages bibliques s’élevant vers l’éther, rappelle une longue stabulation sous le duomo de Parme peint par Corregio… Puis une Déposition retient plus longuement. Elle est l’œuvre d’un Flamand, un artiste septentrional du seizième siècle, Henrich Van den Broeck, venu chercher la lumière limpide et des savoir-faire. Le nom est connu pour l’avoir croisé dans la Sixtine ; hélas, alors, en concurrence avec les maîtres quattrocentistes et Michelangelo, ses fresques remplaçant celles de Ghirlandaio n’avaient pas su répondre à mes exigences du moment. Ici, moins congestionné par le prestige des autres réalisations, ses corps alanguis, ses coloris parfois criards, retiennent davantage ; d’autant que sa composition évoque un tableau sur le même thème de Rubens, compatriotes qui vécut après lui. Si ce n’étaient les places tenues par Joseph d’Arimathie et Nicodème, le soutien des femmes apportées au corps du Christ, et quelques autres détails encore, on jurerait avoir la Descente de la Croix exposée aujourd’hui à Lille…

Enfin arrive l’autel principal, la chapelle devrai-je dire, et la fresque miraculeuse devant ô combien de proskynèses ont du être effectuées. L’œuvre d’un peintre ombrien anonyme du quatorzième siècle, sans couronne ni collier comme le veut pourtant la coutume, sans éclat non plus, avec ses couleurs ternes de fresques médiévales, contraste avec le decorum environnant déposé sur les parois érigées par Rocco da Vicenza. Enfant des fayoums égyptiens, des icônes byzantines, elle a traversé les âges, accompagnée de fresques qui retracent sa vie, et parmi lesquelles se détachent les réalisations de Niccolo Circignani, connu sous le nom de Pomarancio...

 

Suivant : S'il est vrai qu'il faille préférer vivre caché...