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Cortona (2)

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chiesa San Francesco construite au 13ème siècle, par le frère Elie, disciple de François d'Assise

chiesa San Francesco construite au 13ème siècle, par le frère Elie, disciple de François d'Assise

Cortona (2)
reliquaire byzantin du 10ème siècle contenant un morceau de la Croix rapporté de Constantinople par frère Elie

reliquaire byzantin du 10ème siècle contenant un morceau de la Croix rapporté de Constantinople par frère Elie

Tunique, coussin et évangéliaire, ayant appartenus à François d'Assise

Tunique, coussin et évangéliaire, ayant appartenus à François d'Assise

Cortona (2)
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Cortona (2)
Cortona (2)
Palazzo del Comune du 13ème siècle

Palazzo del Comune du 13ème siècle

Palazzo Casali du 13ème siècle, qui abrite le musée de l'académie étrusque et de la cité de Cortone

Palazzo Casali du 13ème siècle, qui abrite le musée de l'académie étrusque et de la cité de Cortone

Cortona (2)
Cortona (2)
blasons et héraldiques des anciens commandants de la ville

blasons et héraldiques des anciens commandants de la ville

Cortona (2)
Cortona (2)
Cortona (2)
collier étrusque

collier étrusque

urne funéraire étrusque

urne funéraire étrusque

protomés étrusques sous la forme de griffons employés comme éléments décoratifs : production étrusque du 6ème siècle av. J-C

protomés étrusques sous la forme de griffons employés comme éléments décoratifs : production étrusque du 6ème siècle av. J-C

éléments décoratifs étrusques

éléments décoratifs étrusques

tabula Cortonensis, 2ème siècle av. J-C : plaquette de bronze portant une inscription juridique, pièce fondamentale dans la compréhension de la langue étrusque

tabula Cortonensis, 2ème siècle av. J-C : plaquette de bronze portant une inscription juridique, pièce fondamentale dans la compréhension de la langue étrusque

Triptique, vers 1430, de Bicci di Lorenzo

Triptique, vers 1430, de Bicci di Lorenzo

urne funéraire étrusque

urne funéraire étrusque

chandelier étrusque

chandelier étrusque

Cortona (2)
tempera sur bois, de Luca Signorelli, fin du 15ème siècle

tempera sur bois, de Luca Signorelli, fin du 15ème siècle

Cortona (2)
Maternité, 1916, de Gino Severini

Maternité, 1916, de Gino Severini

Cortona (2)
Cortona (2)

 

Cortona (2)

 

 

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Très vieille ville, mère de Troie et grand-mère de Rome selon Virgile, la froide façade de la chiesa di San Francisco semble reprendre quelques-uns des principes architecturaux du peuple primitif qui présida jadis aux destinées de Cortona… Successivement étrusque, menacée par Hannibal, passée sous la coupe des Barbares, puis de Charlemagne, gibeline, car se refusant à la domination de Florence, Cortona, baladée en des possessions multiples, plus spectatrice qu’actrice de sa physionomie, paraît s’être arrêtée à la voûte romane classique, refusant le style ostentatoire…

Comme si, sous sa pierre qui s’effrite sous la pluie, elle gardait une infime trace de son prestigieux passé de lucumonie, fidèle aux formes archaïques, succombant à de rares concessions comme sur la piazza della Republica, les colonnettes, les menus ornements habituels, agrémentent peu des maisons de plus en plus hautes, accrochées à des rues précipitées, cadres de ruelles que la présence d’arcs de soutien maintiennent ouvertes, repoussant le poids de ces façades menaçantes.

Dans le lacis de corridors étroits, de voies plus rectilignes, de cortiles qu’il faut escalader ou dévaler, une plus grande artère conduit jusqu’à deux ou trois espaces libres… Cœurs d’une vie urbaine, mondaine par la présence de touristes goûtant aux douceurs de cette extrémité de la Toscane, des locaux, des gens venus sûrement de la vaste plaine, déplient leurs devantures sur les piazzas Luca Signorelli et della Republica contigües. Joies des foires hebdomadaires d’un peuple se levant tôt pour ne pas avoir à souffrir de la brûlure des rayons du soleil, les plus âgés s’affairent déjà à soupeser les fruits et victuailles, à marchander sur le prix de salamis parfumés aux herbes régionales, reproduisant les gestes ancestraux d’un peuple commerçant, vivant dans la rue jusqu’à onze heures, avant de rester clôturer jusqu’au moment où le soleil entamera sa course vers le soir. Gai et coloré, parfois le silence rompu par le débit rapide de forains alpaguant les passants par leurs psalmodies aux phrasés incompréhensibles, sous leurs toiles tendues comme des éventails, des femmes, de toute génération, palpent les tissus exposés pour en examiner la qualité.

Et parce que l’Italie ne serait pas ce qu’elle est sans un contraste entre agitation et langueur éphémère d’autochtones attablés sous les arches de la piazza della Republica, profitant de quelques minutes de délassement agréable, on prend place aux côtés d’eux, sur une terrasse, détendu par mimétisme, regardant la foule s’activer, admirant les murs du Palazzo Casali décoré des armoiries d’anciens commandants de la ville, d’héraldiques en coquillages, tours, boules et croix, souvenirs de dirigeants durs et intrépides, à la gloire passée à la postérité…

Puis, parce qu’après s’être sustenté d’une légère collation faite d’un capuccino et d’un cornetto, on se doit aussi de nourrir son esprit, on dépasse les masses moyenâgeuses du Palazzo del Comune et du Palazzo del Capitano del Popolo, pour gagner le musée de la cité… Dans la quête improbable de saisir les nuances et héritages à l’origine du génie du Sanzio, au gré des rencontres, à travers les musées de l’Ombrie, de la Toscane, ou encore de l’Emilie-Romagne, mu par la soif intarissable de comprendre et d’apprendre, les découvertes, fortuites au départ, de l’ancienne Etrurie, finissent par devenir un réel objet d’études. Or, car Cortona fut le siège d’une chefferie de ce peuple administrant un vaste territoire courant de la Campanie jusqu’à la plaine padane, parce que les bronzes de cette ethnie heureuse face à la mort, portant toujours sereinement un sourire aux lèvres dans ses représentations funéraires, y sont nombreuses ici, on s’attache à plusieurs réalisations exposées.

Bien sûr, sans le faste des collections de Florence, Rome, Volterra ou Ferrara, l’établissement propose néanmoins plusieurs pièces remarquables de cette civilisation souvent vue comme vivant dans le plaisir et le luxe. Aussi, n’emboîtant pas le pas de Diodore de Sicile, plus proche de Cicéron et Ovide, on retrouve, semble-t-il, dans des statuettes d’airain, les caractéristiques physiologiques de L’Ombre du Soir… Peut-être Tageste sortant de la fange pour enseigner aux individus les secrets des arts divinatoires, à l’image d’une branche, les corps allongés, les membres développés comme des rameaux, des statuettes plus ou moins androgynes se coiffent de tresses et boucles ciselées par-dessus des visages travaillés. Art primitif, complément essentiel de l’Hellène pour appréhender la civilisation romaine, un bestiaire d’animaux plus ou moins mythologiques, de griffons, cervidés, lions de l’Atlas, d’oies lustrées jusqu’à l’extrémité de leurs becs tenant des bougies, se mêlent à des urnes funéraires, des maisonnées en céramiques, derniers habitats d’incinérés et héritages d’une pratique culturelle tirée des us villanoviens…

Puis, au milieu de cet univers ayant perdu ses couleurs d’origine, un tondo de Luca Signorelli explose de ses coloris vermeils, de verts, rouges, teintes chatoyantes entrecoupées d’ombres, scintillant au fond d’une pièce. La scène agitée par une monstruosité dans sa partie basse, un San Marco soutient une maquette de Cortona, tandis qu’à côté de lui, une Madone à l’Enfant, un archange aux ptéryges aussi détaillés que s’il s’agissait d’un travail effectué par un maître flamand, regardent la balance du Jugement dernier évaluer la bonté d’âme de défunts.

Plus loin, dans un style moins rond, plus heurté dans les traits, mais ô combien humanisé, une Maternité de Gino Severeni, dévoile la tendresse d’une mère au derme presque glacé, donnant le sein à son fils, les deux chevelures sombres des deux protagonistes matérialisant les extrémités d’une diagonale, filigrane principale de la narration voulue par le Futuriste.

Et parce que l’Italie a cette propension à éternellement étonner, à faire découvrir des chefs-d’œuvre en des lieux où on n’imaginerait même pas leurs existences, voici qu’une statue en bronze, grandeur nature, arrête subitement toute prétention à une éventuelle exfiltration du musée, la pose, la sérénité d’un éphèbe, figées pour toujours, bouleversant des sens déjà surchauffés par la contemplation des autres beautés…

 

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