Fontaine de Trevi (2)
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Bien ! L'histoire maintenant balayée à grands traits, on referme ces pages pour se souvenir des impressions dégagées par cette masse inerte, posée dans le coin d’une place a posteriori trop petite pour elle. D’emblée la scénographie complexe, le nombre de personnages, les attitudes variées, font assimiler la fontaine à une scène de théâtre antique. Avançant vers les bornes qui séparent le monument de la place, le sentiment se renforce...
Par-delà des chaînes suspendues entre des bornes, soudain six à sept marches creusées composent une vaste demi-lune ; chaque degré similaire à un gradin d’une cavea antique. Laissant la tribune pour ces quelques marches, on se pose sur un de ces sièges en travertin. Maintenant assis, à mes pieds ondulent les eaux d’un grand bassin émeraude où les vaguelettes se cassent, tantôt sur un rocher parfaitement imité, tantôt, plus proche, sur les bords ourlés de la fontaine.
L'idée de théâtre s'affirme, elle prend vie... La nappe aquatique ressemble à une avant-scène, à un orchestra. Des veines et diaclases d’un rocher contrefait s’échappent des tumultes aux sonorités proches des chœurs anciens. On les entend les voies du passé, les clapotis, chutes rythmées, entrechoques aquatiques aux polyphonies sourdes et cristallines. Oui, elle chante cette source… Elle chante un dithyrambe, chante les louanges d’une source riante, fredonne inquiète les incertitudes d’un rideau fébrile en cascades qui se déverse dans une mare translucide.
Quelle mélopée superbe... Pas de pendillon en revanche ne masque la scène, juste un amas de rocs simulés. Identique à la skènè des Grecs anciens, Salvi, l'architecte, y a dégagé un arc triomphal porté par de grandes colonnes corinthiennes. Trois portiques inégaux, dont le plus grand, central, possède une arcade couverte de petits caissons qui rappellent ceux de la basilique Constantin. Or, c’est d'ici, par cette porte principale, venu des abysses, que Poséidon surgit. Debout, la barbe envolée comme une vague, il diffuse une énergie incroyable ; et on se dit que Bracci, le sculpteur, a su rendre l’air sévère et auguste qu’on attend du dieu des Océans, du dieu fougueux, ennemi d'Ulysse, jaillit de son antre, et qui flotte sur une conque tractée par deux chevaux marins guidés par des tritons.
De part et autre du géant, deux niches latérales s'ouvrent, plus petites, symboles des entrées que les représentations lénéennes et dionysiennes réservées aux personnes venues de l’agora et des campagnes. Ici, Philippe Valle, un autre artiste, a remplacé ces personnages du théâtre grec par des statues de la Salubrité et l’Abondance. Au-dessus ces deux vertus, deux bas-reliefs figurent Agrippa et la jeune vierge qui indiqua la localisation de la source. Toujours plus haut, au-delà de la corniche, quatre statues en travertin figurent respectivement l’abondance des fleurs, la fertilité des campagnes, les richesses de l’automne, l’agrément des prairie. Enfin, au centre, placées sur le point sommital de l'édifice, deux renommées et les armes du pape Clément XII chapeautent l'ensemble avec ostentation...
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Lien : Vidéo de la fontaine de Trevi