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A gauche, un artefact rare et de grande valeur, un pyxe (récipient avec couvercle) en marbre de Paros, destiné à abriter des objets précieux, des outils de maquillage, des poudres cosmétiques

A gauche, un artefact rare et de grande valeur, un pyxe (récipient avec couvercle) en marbre de Paros, destiné à abriter des objets précieux, des outils de maquillage, des poudres cosmétiques

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Têtes de femmes coiffées du tutulus (coiffe conique portée généralement par les femmes étrusques)

Têtes de femmes coiffées du tutulus (coiffe conique portée généralement par les femmes étrusques)

Colliers en ambre et patte-de-verre (5è et 4è siècle av. J-C)

Colliers en ambre et patte-de-verre (5è et 4è siècle av. J-C)

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Contenants pour la plupart en patte-de-verre (alabastron notamment), du milieu du 5è au 3è av. J-C, productions orientales, grecques ?, destinées à accueillir des baumes et déposées dans les tombes aux pieds des défunts

Contenants pour la plupart en patte-de-verre (alabastron notamment), du milieu du 5è au 3è av. J-C, productions orientales, grecques ?, destinées à accueillir des baumes et déposées dans les tombes aux pieds des défunts

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bagues, alliances, boucles d'oreilles (ci-dessous) en or, qui se réfèrent souvent au monde féminin étrusque

bagues, alliances, boucles d'oreilles (ci-dessous) en or, qui se réfèrent souvent au monde féminin étrusque

En bas, à gauche, bague en or dont la lunette est ornée d'une scène équestre, allusion au rang ou à l'activité de son propriétaire

En bas, à gauche, bague en or dont la lunette est ornée d'une scène équestre, allusion au rang ou à l'activité de son propriétaire

Boucles d'oreilles en tubes, courbes, type le plus répandu entre la fin du 5è et le début du 4è siècle av. J-C, avec une tête de lion, de bélier, de femme ou d'Achelous, représenté avec le visage d'un jeune homme imberbe aux cornes de taureau (divinité fluviale de la mythologie grecque en harmonie avec l'environnement lagunaire de Spina)

Boucles d'oreilles en tubes, courbes, type le plus répandu entre la fin du 5è et le début du 4è siècle av. J-C, avec une tête de lion, de bélier, de femme ou d'Achelous, représenté avec le visage d'un jeune homme imberbe aux cornes de taureau (divinité fluviale de la mythologie grecque en harmonie avec l'environnement lagunaire de Spina)

Couple marié en ivoire, fin du 5è av. J-C

Couple marié en ivoire, fin du 5è av. J-C

Travaux des orfèvres de Spina, du 5è au milieu du 4è siècles av. J-C, témoignages des capacités techniques atteintes par les artisans étrusques dans la vallée du Pô et du centre de l'Etrurie italienne

Travaux des orfèvres de Spina, du 5è au milieu du 4è siècles av. J-C, témoignages des capacités techniques atteintes par les artisans étrusques dans la vallée du Pô et du centre de l'Etrurie italienne

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Miroir en bronze, production grecque, trouvé dans la nécropole de Valle Trebba (Spina)

Miroir en bronze, production grecque, trouvé dans la nécropole de Valle Trebba (Spina)

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Typiquement étrusque, insertion de pendentifs en or en forme de bulle, petit récipient bivalve à valeur symbole qui trouva ensuite sa diffusion dans le monde romain

Typiquement étrusque, insertion de pendentifs en or en forme de bulle, petit récipient bivalve à valeur symbole qui trouva ensuite sa diffusion dans le monde romain

 

Palazzo Costabili (1)

 

Précédent : Spina, cité étrusque

 

Je crois qu’un jour le plus célèbre des élèves de Socrate a dit des Grecs qu’ils étaient fondamentalement un peuple de marins, une nation de navigateurs dont j'évacuerai tout de suite la référence aux Pelages, peuple de géants, à l’origine de la fondation légendaire de plusieurs cités en Italie. En fait, je vais plutôt parler des Hellènes aux périples récurrents en Méditerranée, et dont les lagunes et fleuves de la Haute-Adriatique n’avaient aucun secrets pour eux. Habitués aux torrents inconstants de la Grèce, ils durent, à la vue du Pô, comparé aux voies navigables de leur pays, considérer le flux massif avec circonspection. Par nature intrinsèquement suggestifs, en observateurs attentifs de la nature, ne connaissant pas la source du grand serpent aquatique, ils l'imaginèrent comme un Ouest où Hélios s’endort; ils lui attribuèrent des propriétés magiques, celles d'un monde étrange et inhospitalier. Forts de ces incertitudes, ils y placèrent la localisation du fleuve Eridan, identifié au Pô, une rivière mythique à l’extrême occident et dont la légende disait que la déesse Teti l'engendra de son époux, Océan. C’est ici que fut localisée la chute de Phaéton, noyé dans le Pô ; et sur les rives duquel ses sœurs bien-aimées, les Eliadi, pleurairent sa disparition, se changeaient en peupliers, des larmes d’ambres coulant sur leurs joues inconsolables. Or, ces graines, cet ambre, étaient considérées comme un cadeau princier, une récompense des dieux pour la mort d'êtres divins...

"Jus du soleil couchant gelé dans la mer et jeté sur le rivage" pour Nicias, l’ambre fut l’une des grandes affaires du delta du Pô durant l’Antiquité. Le delta, centre névralgique de son trafic, cette résine appréciée pour sa beauté et son parfum ; sa route commençait sur les rives du Jutland, puis atteignait ici sa course terminale. Les Grecs la réceptionnaient. Ils importaient vers leurs cités florissantes ce trésor sans pareil aux propriétés apotropaïques car, de son frottement, s’exhalaient des arômes et surgissait - Thalès fut le premier à la découvrir - la propriété d’attirer la poussière, soit une qualité qui lui donna son nom d’électron. De cette goutte grasse donc, du liquide arrondi et onctueux transformé en une coulée nonchalante, puis pétrifiée, le musée de Ferrara en possède une collection exceptionnelle travaillée sous la forme de blocs de jeux, de cylindres, de cœurs, de scarabées, de bulles, têtes zoomorphes, configurés parfois en visage de femmes coiffées du tutulus étrusque. Œuvres sorties des ateliers de Spina, quand l’œil les voit, leur élégance et vieillesse contrastent avec l’impatient désir d’absorber chacune de ces parures en sa mémoire. De l’or ! on s’étonne également. Beaucoup d’or ! Des pattes de verre encore, des pierres du soleil cérumens… Des bijoux, petits objets, boucles d’oreilles, broches, fibules, diadèmes pas plus épais qu’une feuille, des brûle-parfums ; des précieuses matières qui poussent à aimer les femmes de jadis les portant. Devant tant de richesses, j'en viens à n'être concentré que sur ces objets devenus d’une extrême importance. L'examen scrupuleux. L’esprit ingénu. Je m’escrime à soupeser ces joailleries, j'essaie d'évaluer leurs valeurs respectives. Bijoutier pour l’occasion, comme si une loupe s'était posée sur mes yeux écarquillés, ma vue s'oriente vers un acmée oculaire qui, ô miracle !, transforme ce microscosme en une immensité nette et compréhensible. Tout entier à cette préoccupation, je vais, viens, reste statique des minutes durant, l'optique semblant grossir quatre à cinq fois chacun de ces objets. Bien qu'absorbé par l'exercice, en parallèle je songe aux belles d’antan honorées de ces brillances. De la grâce… De ce don accordé sans qu’il soit dû…

Les pensées volatiles, je les envisage l’esprit jeune, propices à la légèreté de conversations, sans autre chose que des plaisirs et amusements. Par inadvertances, soit par facilités de caractères, soit par simples politesses ; soucieuses d’attentions marquées pour ceux qui cherchent à leur plaire ; ni caustiques, ni médisantes, les bouches ouvertes que pour dire des mots flatteurs, des éloges susceptibles de faire naître des soupçons indécents ; je les suppute avoir été ornées de ces bijoux dansants aux bruits doux d'une mer, suaves comme des soleils couchants. Allongées sur la kline, des regards discrets jetés vers des amants, elles se sentaient protégées par le superstitieux respect propagé par ces amulettes fabuleuses, comme s’il s’agissait de divinités accrochées à leurs cous. Et, même si elles sont mortes aujourd’hui, à travers ces merveilleux objets, je sens leurs pouls palpiter ; elles fascinent toujours...

De ces intailles et filigranes à la précision incroyable, de ces colliers en pierres fines, les colons grecs du delta du Pô en eurent le présentiment plusieurs siècles avant que les Romains ou les Etrusques n'en sentent la présence. Dès l’ère mycénienne, au douzième et onzième siècles avant notre ère, ils avaient déjà fréquenté les côtes adriatiques. Sans vent favorable le long de la façade orientale de l’Italie, ils longeaient la côte illyrienne à l’aller, puis suivaient la côte italienne au retour. Le pivot de leurs incursions en haute Adriatique était le delta formé par le Pô, l’Adige et l’ancien fleuve Tartaro. Un paysage de lagunes, d’îlots enserrés par ces trois rivières ; et après que les Ioniens eurent voyagé en ces contrées, que Corinthe se cantonna dans la moyenne et basse Adriatique, d’autres découvrirent le potentiel économique de la vallée du Pô, la qualité de l’ambre, son commerce, sa transformation locale ; et une industrie apparue dans la région liée à l’une des premières activité transnationale européenne. Principaux importateurs, les Grecs y fondèrent leur propre colonie au cœur du territoire vénitien, Adria. Ils plaçaient sur le marché italien leurs produits céramiques de facture d’abord inégale, puis inégalée, à l’origine des fabuleuses collections du musée. Adria, le plus ancien emporium commercial grec de la haute Adriatique, réussit à conquérir un monopole de la précieuse résine. La cité fondée vers la date de la bataille de Marathon, par des colons probablement venus de l’île de Corfou, la colonie à l’embouchure la plus septentrionale de l’ancien delta du Pô, intégrée en une vaste lagune, finit, fait de son essor, par donner son nom à la mer qu’elle bordait...

Suivant : Magna Grecia