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Compétition

Compétition

Cratère à volutes d'Apulie et figures rouges, vers 350 av. J-C, par le peintre dit de Licurgo. La représentation est centrée sur la figure de Néoptolème, le fils d'Achille, coupable d'avoir épousé Hermione, la fille de Ménélas, déjà promise à Oreste qui l'attaque

Cratère à volutes d'Apulie et figures rouges, vers 350 av. J-C, par le peintre dit de Licurgo. La représentation est centrée sur la figure de Néoptolème, le fils d'Achille, coupable d'avoir épousé Hermione, la fille de Ménélas, déjà promise à Oreste qui l'attaque

Hydrie d'Apulie à figure rouge, vers 360. Scène de toilette. L'hydrie est un vase fermé à trois anses pour recueillir, transporter, puis verser de l'eau. Miroir à droite.

Hydrie d'Apulie à figure rouge, vers 360. Scène de toilette. L'hydrie est un vase fermé à trois anses pour recueillir, transporter, puis verser de l'eau. Miroir à droite.

Oenochoé trilobé à col long d'Apulie, à figures rouges, vers -330. Scène : consécration de l'épouse d'Eros

Oenochoé trilobé à col long d'Apulie, à figures rouges, vers -330. Scène : consécration de l'épouse d'Eros

épingles à cheveux en or trouvées à Populonia (environ Livorno), IVè siècle av. J-C

épingles à cheveux en or trouvées à Populonia (environ Livorno), IVè siècle av. J-C

Compétition
Hydrie, production Attique. Peut-être une figuration du fils de Bacchus et Ariane, Ceramus, qui, fort de son mérite, s’était vu attribuer le titre de protecteur des potiers et donna son nom à un des quartiers d’Athènes, le Céramique. Peut-être le métier du défunt ?

Hydrie, production Attique. Peut-être une figuration du fils de Bacchus et Ariane, Ceramus, qui, fort de son mérite, s’était vu attribuer le titre de protecteur des potiers et donna son nom à un des quartiers d’Athènes, le Céramique. Peut-être le métier du défunt ?

Cratère

Cratère

Oenochoé trilobé à figures noires, production Attique, vers -500. Représentation : Amazones qui s'arment

Oenochoé trilobé à figures noires, production Attique, vers -500. Représentation : Amazones qui s'arment

Aphrodite, IIe siècle av. J-C, en marbre pentélique

Aphrodite, IIe siècle av. J-C, en marbre pentélique

Cratère à volutes et figures rouges, production apulienne, vers -350, par le peintre Lycurgus. Scène : l'apothéose d'Heraclès

Cratère à volutes et figures rouges, production apulienne, vers -350, par le peintre Lycurgus. Scène : l'apothéose d'Heraclès

Compétition
Tête d'Aphrodite, IIe siècle av. J-C

Tête d'Aphrodite, IIe siècle av. J-C

Cratère à colonnettes d'Apulie et figures rouges, vers -380. Scène : Guerriers sur le départ

Cratère à colonnettes d'Apulie et figures rouges, vers -380. Scène : Guerriers sur le départ

Boîte à bijoux, IIe siècle av. J-C, de Cuma

Boîte à bijoux, IIe siècle av. J-C, de Cuma

Compétition
Compétition
Compétition

Compétition 

 

La gloire, la fortune, l’amour, la sagesse, sont des voluptés bien ménagées, sont de grands secours contre les rigueurs de la nature, contre les misères attachées à notre quotidien. Là pour satisfaire nos plaisirs, tout considérable qu’ils soient, ils sont d’un bien faible usage lorsque se dessine le déclin, et à plus forte raison quand la mort marque une fin. Je me souviens avoir lu, il y a plusieurs années, que Socrate, au moment de sa mort, raisonna beaucoup, mais ses raisonnements incertains ne persuadèrent apparemment ni ses amis, ni lui même, et il périt au même titre que tout un chacun. 
Lors d’un deuil, plus encore lors d’une cérémonie funèbre, il est assez curieux de voir ce que font et disent la plupart des gens présents à cette occasion. Des discours sont tenus pour consoler certains, des lamentations se font parfois entendre, l’idée générale d’une souffrance plus ou moins enfouie accompagne ce malheur intolérable pour les participants, mais aussi pour celui ou celle dont ils déplorent la perte...
Où est-ce que je veux en venir ?…
C’est que m’introduisant dans la dernière salle du musée, accueilli par le buste d’une Vénus dont le contrapposto n’a rien à envier à Federica Nargi du temps de Striscia la notizia, je plonge, m’immerge dans une étendue de douleurs éteintes où chaque représentation exposée coïncide avec un échantillon de souffrance ; le moment où une existence a fui, celui où quelqu’un cessa de vivre ; un abandon, un futur oubli à venir sauvegardé pour l’occasion…
Comme à
Ferrara, mais sans la magnificence des collections du Palazzo Costabili, ce qui avait été couvert par la terre, n’est plus sous elle, mais par-dessus, dans des vitrines. Qu’elles soient rouges pour les plus anciennes, noires pour celles quasi exclusivement produites à Athènes ; qu’elles soient plus baroques, redondantes, enveloppées de décorations végétales qui ressemblent à des banderoles pour celles des Pouilles ; chacune des pièces – des cratères à volutes, rythons, canthares et kylix - prises individuellement, puis rapprochées pour former un tout, sont la traduction matérielle de rites ancestraux et chtoniens que j’ai exposé il y a longtemps... Saternao un révélateur dans ma quête de compréhension de ces traditions, ici, si on veut être plus joyeux, au-delà de masques ronds, blancs et or, qui jalonnent les anses de certaines productions apuliennes, c’est à une forme de compétition que j’assiste ; une compétition qui unissait la vie à la mort, les us des symposia y trouvant une part conséquente. 
Selon la mode grecque, l’usage de ces céramiques au début exclusivement destinées à être employées pour mélanger le vin avec de l’eau, du miel et des épices, lors de banquets ; par un changement progressif de position et de fonction, on leur attribua une nouvelle dimension. Passées du seul statut d’objets pour des évènements de traditions dionysiaques à celui de funéraires, elles sont les témoins d’habitudes de défunts, mais aussi, par leur profusion et la richesse de leurs décorations, de la classe censitaire à laquelle appartenaient leurs propriétaires. Parfois, les sujets qui les décorent sont des allusions à ce monde orphique, des petits temples, naiskoi, reproduisant les monuments funéraires qui étaient couramment utilisés, par exemple en Apulia, à cette époque.  
Mais compétition donc… 
Cette rivalité entre personnes, groupes, en vue d’obtenir une dignité, une fonction et, par extension, un avantage, semble, à la vue des céramiques proposées, avoir dépassée allègrement le strict cadre existentiel. Les Grecs viscéralement attachés à la notion de « valeur » ; s’appuyant sur Homère ou Hésiode, leur pensée fondamentalement agonale se bâtit sur un rapport de force, permis, mais également fortement suggéré, car ils le sentaient comme seule source capable d’instituer une légitimité. Cette lutte, bonne pour les mortels, a priori transcenda les fonctions de la vie de manière perceptible, puisque son incarnation, sa réplique, prirent place dans des hypogées, et se retrouvent aujourd’hui dans cette salle du musée. 
« Gain mal acquis valant un désastre », comme le soulignait Hésiode ; heureux dans leurs vies, cherchant à peu sortir hors de soi, donc défavorable à l’hubris ; par distractions, mais aussi car ils pensaient les dieux enclins à prendre en considération des procédés d’accumulation ; les Grecs de la Magna Greca, une fois morts, furent entourés d’objets symboliques, de choses plaisantes et agréables, et ce pour obtenir l’intercession du divin. Le mythe de l’anneau de Polycrate révélateur de cet état d’esprit, tout comme le tyran de Samos qui jeta à la mer sa bague pour expier un excès de bonheur antérieur, dans une sorte de concours, il semble que les morts sans vies, mais susceptibles de voir leurs âmes renaître par la suite, ont voulu, comme un sacrifice, se décharger de leurs richesses, jadis synonymes de bonheur, les offrir aux dieux, ou du moins qu’ils ne prennent pas ombrage d’une trop forte thésaurisation. 
Par cette adresse ingénieuse, ils se sentaient en capacité d’influencer le jugement de ces derniers, de surpasser un éventuel concurrent, rivalisant soit par la profusion, soit par la magnificence des productions, les deux, ici, étant souvent réunies…