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DINARD

DINARD

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Saint Lunaire

Saint Lunaire

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Villa des Roches Brunes

Villa des Roches Brunes

DINARD

Jusque vers le cap Fréhel qui, sur l’horizon, a l’air de dresser contre l’Océan un immense rempart bleu, le paysage déroule une série de plages superbes ; des étendues de sable d’or parmi des amoncellements de roches, des hautes falaises herbeuses, des rochers pittoresquement découpés, des criques charmantes, des grèves demi-sauvages comme à Saint-Lunaire, des plages luxueusement meublées de castels fantaisistes, de villas et cottages, comme à Dinard.

Avec le débouché de Saint-Malo, Dinard est l’autre escale de l’estuaire de la Rance ; une ville, posée sur un promontoire, aux superbes villas accrochées aux flancs de grands rochers, ou juchées à leurs sommets.

Dinard, c’est un Trouville breton, mais un Trouville haut perché, où parmi la verdure des jardins, s’échevelant parfois jusqu’au bord de la mer, des balcons, des vérandas, des windows, suspendus au-dessus des roches et des vagues, se montrent dans la magnificence d’une baie.

L’époque fabuleuse de la côte sauvage et du Dinard village de pêcheurs, d’avant la découverte des sources curatives de Vaugarni et de Fontaine-aux-Eaux, d’avant la vague des paysagistes, est bien loin. C’est une préhistoire, oubliée profondément dans la nuit des temps. Sur ce rivage, vingt années ont formé une période. Elles ont suffi pour bouleverser un coin de nature, pour y faire pousser une ville avec grands magasins, hôtels, casinos, tout comme dans une petite Amérique. Car, il y a cent-cinquante ans, Dinard fut un Far-West de la Bretagne, mais un Far-West de fantaisie, de luxe et de high-life.

La promenade au bas de la pointe Malouine est sûrement le plus bel endroit pour observer Dinard. Proche, la plage de l’Ecluse et l’immense casino art déco de Leroyer, en retrait, sont le décor principal de la grande pièce d’été, une espèce de Monte-Carlo breton, anglais aussi. Car, plus près de Londres que de Paris, la gentry anglaise, et les fameux gate-keepers, investirent les premiers ces lieux. La recherche de plaisirs claniques, le désir de ressusciter l’antique otium de Pline, poussa cette élite oisive à faire de Dinard un nouveau Laurentes. Que de blondes misses, à jerseys collants et casquettes, accompagnées d’une légion d’enfants aux teints blanchâtres, durent pratiquer les jeux les plus puérils sur cette plage ; pêchant sur l’estran, collectant galets et coquillages ! Que de compagnie de jeunes athlètes, en culottes courtes et débardeurs, goûtèrent le plaisir inconnu de sentir le sable s’enfoncer sous leurs pieds ! Que de vénérables gentlemen, sûrement très barbus, s’assirent au bord de la grande plage, consumant un discours hédoniste propice à la méditation et à l’inspiration !

Tout cet art de vivre rejaillit dans les architectures étranges, somptueusement contournées, hérissées, tortillées et tarabiscotées, qui composent la ville aujourd’hui. Village hier, la modernité se développa ici à outrance, à la recherche d’un air marin, et des vues les plus contemplatives. Et quelles vues ! Egayées par le mouvement des yachts et des bateaux à voiles qui passent, incessamment, le petit bras de mer entre Dinard et Saint-Malo. Quel panorama ! Qui m’appelle à regarder à droite, vers les larges horizons de l’embouchure de la Rance qui embrassent toutes les îles. Cézembre, la Conchée, Grand et Petit-Bey… autant de noms illustres associés à Saint-Malo dans son rempart ; autant d’îlots qui ponctuent une vue irremplaçable sur les hautes cheminées des armateurs malouins s’élevant comme une chevelure soufflée par le vent.

A gauche maintenant, vers l’Ouest, encore les vastes étendues de la mer, à l’infini, juste festonnées par des resserrements de cap en cap. La pointe des Etêtés est le premier de ces caps, la première branche de ce peigne immense ; puis vient Saint-Lunaire, un satellite de Dinard, une ville moins tardive qui colonisa de belles collines boisées jusqu’à l’arche naturelle de la pointe du Décollé.

Ainsi, autour de sa plage fourmillante à la Saison, mais délaissée ce soir, Dinard étend sur plus d’un kilomètre des villas plus stupéfiantes les unes que les autres. Non plus la banale villa-chalet des temps primitifs, du commencement de l’époque balnéaire, mais des outrances d’architectures, une explosion de fantaisies, de féériques agencements de tous les styles, parmi lesquels prédominent les reconstitutions ou les adaptations anciennes.

Une fréquentation sélective et cosmopolite, nobiliaire et anoblie, internationale et française, réhabilita aux sommets des falaises le vieux manoir ; tout étonné d’être rajeuni, agencé et accommodé aux besoins modernes. Edouard VII, Agatha Christie, les frères Lumière, la famille Hennessy, Edmond Rostand… tous rivalisèrent d’audaces et semèrent castels et villas dans la petite baie. Remparts, créneaux, tours, fleurons, accolades, élévations purement esthétiques… tous les styles architecturaux antérieurs au XIXème siècle se mélangèrent, se croisèrent, donnant parfois des allures de forteresse aux habitations, comme pour la villa Belle Assise. D’autres, à mi-chemin entre un style Louis XIII et une influence anglaise, multiplièrent la brique, les balcons, les ouvertures, les frontons triangulaires, les oriels… comme pour la villa des Roches Brunes posée en équilibre au sommet de la pointe Malouine.