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Portrait d'Innocent X / Diego Vélasquez

Portrait d'Innocent X / Diego Vélasquez

Portrait d'Innocent X / Diego Vélasquez
Portrait d'Innocent X / Diego Vélasquez
Portrait d'Innocent X / Diego Vélasquez

 

Portrait d'Innocent X/ Diego Vélasquez

 

Huile sur toile, 1650

Galleria Doria-Pamphilij, Roma

140 cm sur 120 cm

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Précédent : Piazza Navona (4)

 

 

Il n’aime guère les peintres. Pourtant, charmé par ses manières, il fait une exception en faveur du gentilhomme espagnol. Il consent à poser devant lui.

Depuis son départ d’Espagne, l’artiste a peu eu l’occasion de travailler la matière. Il se refait la main. Sous ses doigts agiles de professionnel, la souplesse du pinceau revient vite, les variations multicolores incrustent à nouveau leurs nuances sur le fond de ses rétines. Ainsi préparé, il aborde serein la tâche dont il a la charge. Une tâche point facile. Non seulement, le pontife lui accorde de rares et courtes séances, mais le modèle souffre d’une forme de vulgarité, d’une laideur qui passe à Rome pour être proverbiale.

Comment va-t-il valoriser ses sourcils arqués, et froncés, au-dessus de son gros nez ?, songe-t-il.

Comment se rendre agréable ?, s’interroge-t-il. Dessiner, sans le vexer, le pieux personnage à la bouche large, aux lèvres pincées, au menton trop long, prolongé par une barbiche grise qui lui semble en cet instant un supplément bien inconfortable ?

Il se met à l’œuvre, résolument.

La brièveté des expositions l’oblige à exciter sa verve. Le style ici ne sera pas une question de technique, mais de vision ; il en a la certitude. Révélation dans la façon dont lui apparaît le sujet, il dévoile ses secrets intérieurs. Il touche. De sa brosse, il balaie la toile de larges envolées. Identique à un escrimeur qui veut décontenancer un assaillant, il effectue des gestes presque surexcités dans tous les sens ; il brasse autant l’air, que pose quelques morceaux d’huiles çà et là.

Peu à peu, le portrait prend forme…

Sous le va-et-vient de sa longue hampe, jamais sa force ne se déploie entière ; il demeure dans un qui-vive perpétuel ; il attaque ; il feinte. Porté par l’improvisation et le savoir faire, bientôt la physionomie du vieil homme se matérialise…

Prodiges de vie, d’esprit et de sûreté, la cochenille et la garance jouent avec les blancs et les gris, et font ressortir les carnations du pontife. Dans une pose naturelle, assis sur un fauteuil, les deux mains sur les bras de celui-ci, le visage presque de face, de la pauvreté de la palette s’échappe mille nuances de rouges rehaussées par les éclats de quelques blancheurs distribuées sur la collerette, les manches et le rochet.

Richesse à peu de frais, sans énervement, l’attention toujours en éveil, le contact du pinceau et de la toile, tantôt l’assagit, tantôt l’exalte.

Les plis fuient sous la lumière omniprésente. Il ne veut pas un clair obscur trop prononcé à la façon d’un Caravaggio ou d’un Tintoreto. Non. Ici, sous les éclats du jour qui brillent sur des habits de soie, le rouge guidera la narration. Plus effacé sur le fauteuil, vif quand il s’agit du costume, terne sur la tenture, la couleur fondamentale à l’extrémité du spectre rappelle le rubis, le coquelicot, le sang. Symphonie de flamme et de nuit, elle lie et délie les suppositions au gré des pérégrinations du regard ; elle présage le beau temps, la magnificence ; elle colore la toile de lueurs fauves, ininterrompues, avec des paroxysmes qui les portent jusqu’au blanc du métal en fusion sur les suppléments vestimentaires du vieux pape.

Virtuose, la parfaite maîtrise technique de son instrument lui permet, sans effort apparent, de surmonter les plus grandes difficultés d’exécution. Soliste, insensiblement, ses rouges triomphants poussent la mécanique des yeux à se centrer sur la tête sanguine, sur des pupilles gris-bleutées qui retiennent et fascinent… On croit voir resurgir les icônes du passé. On scrute la moitié d’une heure un éventuel battement de cils. On s’agenouille même ; pas par dévotion ; simplement pour chasser les désagréables réverbérations d’un éclairage artificiel inopportun. On médite…

Plus la contemplation se prolonge, plus l’étincelle de ses iris aspire sous ses épais sourcils. La clairvoyance de l’homme d’Eglise habitué à décrypter les consciences s’y lit. La perspicacité aussi ; l’impassibilité du diplomate ; l’autorité d’une personne investie de la puissance souveraine… Et l’observation se poursuit… indéfiniment… Absorbé, les pensées pompées comme par un mécanisme qui peu à peu fait le vide, une communion semble s’établir. On s’attache, se lie, fusionne presque ; on se pénètre mutuellement d’irrésistibles interrogations, pareil à un dialogue muet entre deux personnes bien vivantes…

 

Suivant : Palazzo Altemps (1)