Castello dei Conti qui domine la cité. Modica est la cité où naquit Salvatore Quasimodo, prix Nobel de littérature en 1959. La cité est une des perles du baroque sicilien, située dans la provinces de Raguse, qui a été entièrement reconstruite en style baroque après le tremblement de terre de 1693.
Modica
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Quasimodo… Comme si seulement… comme si seulement, douceur avare, ton don était retardé en cette heure matinale, Modica, austère, sans air, à moitié prospère, vit sans les rires de ses heures vivaces.
Pareilles à des ailes déployées de chaque côté de son échine centrale, la ville de Salvatore a perdu de son attrait. Comme le grand poète adulé par ses pairs, auréolé d’un prix Nobel, la littérature, le souvenir de son passé glorieux, jusqu’à la compter parmi les quatre premières villes de l’île pour son influence, ont transmigré loin des sombres faciès décorant à présent chacune de ses façades.
Même les deux rus, jadis serpentant à tes pieds, comme deux artères intrépides, allègres, aux eaux parfois bouillonnantes de particules, sont masqués par le macadam du corso Umberto et la via Marchesa Tedeschi, devenues les deux voies principales.
Embrouillamini enserré dans une triangulation générée par ces deux réseaux d’asphaltes, tes ruelles, cortiles, venelles, marches innombrables, dessinent une pyramide aux multiples terrasses, des creusets étroits, entre des murs agrémentés de décorations parfois insoupçonnables.
Ton torse bombé, pointé jusqu’au castello dei Conti, triomphant sur la ville, ne sont plus les belvédères avisés, jadis utilisés par les familles Chiaramonte et Cabrera pour mettre bon ordre dans la cité. Corsetée par un dédale sans fin apparente, ta poitrine, envahie de substructions, est un concentré de sentiers plus ou moins longs, se croisant en tous sens, sans indice amical, sans l’avertissement nécessaire de quelques jeunes assis sur les degrés précédents le duomo San Pietro et attendant, semble-t-il, la sonnerie pour prendre place sur les strapontins de classes aux murs que l’on imagine lézardés.
Des draps exposés sur le front des maisons, des antennes dressées vers l’azur, plus hautes à mesure que l’on descend vers le bas du raide escarpement, l’ombre de Caton plane sur les différents frontons.
Abandon... Nostalgie... Sous le manteau usé et râpé de ton passé déchu, sous les collisions des horizons profonds mettant en péril jusqu’à ton existence, tu as survécu au terrible tremblement de 1693, si dramatique pour la région. Forte de ta résilience, de ta capacité à contrer les aléas, ta vulnérabilité est venue de la modernité, tant mise en exergue par un de tes natifs, le fameux Tommaso Campailla. Et maintenant ! Parcourant tes étages successifs, à l’effroi tellurique succèdent tes maisons délabrées, des anciennes demeures aristocratiques érigées dans un style baroque tardif, sicilien de surcroît, pleins de facéties, arabesques, têtes de chimères, et autres animaux mythologiques, mais qui n’arrivent pas à faire oublier la tristesse régnant en cet endroit.
Tout s’assombrit sous ce ciel bas, même les façades nettoyées ne parviennent pas à chasser le sentiment d’une ville au passé magnifique, mais dont le progrès semble avoir sonné le requiem. Même la nouvelle chiesa, la maggiore du corso Umberto, sous les ombrages de son aïeule perchée tout en haut au milieu d’un amas de chétives maisons et de monuments plus impressionnants, ranime peu la flamme de la curiosité, et encore moins celle de la jubilation.
D’un pas lent, dans un univers où rien ne diffère réellement, les visages d’anges, les sirènes à la poitrine proéminente, peuplent d’illusions l’esprit gagné par la mélancolie ambiante. Sombres voix, cris désespérés, vaillants autochtones devisant du lendemain dans un discours agité, tout est aseptisé dans le perfide écheveau, et seule la façade-tour du Duomo di San Giorgio débrouille un fil d’Ariane tracé au préalable par des pensées vagabondes.
Deux-cent-cinquante marches donnent un aspect plus solennel à la cité bizarrement agencée, sans pour autant avoir le prestige et la noblesse de la piazza di Spagna. Et alors que les colonnes étirées sur trois étages de l’antique duomo apportent une rigidité salvatrice au milieu des circonvolutions exagérées de la façade dessinée par Labisi, on aimerait, moment de délassement impossible, pouvoir contempler les fleurs de palétuviers, bougainvilliers et azalées, colonisant les rampes de l’escalier escarpé.
Hélas, comme le contradicteur de César, Caton, aux présupposés stoïques, se donnant la mort, sans vouloir l’aide de bandelettes pour atténuer son état tragique, Modica rechigne à s’orner de quelques coloris. Et c’est seulement une fois poussés les battants du duomo historique, une fois devant l’Arca Santa argentifère et le grand autel cloisonné, qu’un semblant d’harmonie colorée se manifeste dans un environnement devenu blanchâtre.
Et comme si le destin avait voulu m’amener jusqu’à ce terme, comme si les arcanes de la nature humaine masquaient sous un aspect débonnaire, les plus radieuses pensées transalpines, voilà qu’une anecdote du prêtre de la vaste maison divine anime mon visage d’un sourire. Il me parle d'une mésaventure à la frontière française arrivée quarante ans auparavant, lui, transportant du vin et revenant de Lourdes, des douaniers italiens, scrupuleux quant à la quantité du précieux breuvage importé, le questionnant, et lui faisant dire en retour, « c’est un miracle ! », l’eau de la sainte Vierge recueillie à Lourdes s’étant, selon lui, subitement transformée en la boisson tant aimée de Bacchus et ses acolytes…
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