obélisque égyptien du 7è siècle av. J-C rapporté à Rome par Auguste. Il provient de la cité mythique d'Heliopolis
Colonne Marc-Aurèle (2)
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Les Galates aux profils sauvages, aux courtes épées brandies, aux boucliers ovoïdes et umbos affirmés, se concrétisent en de multiples endroits. Pris dans de féroces batailles pour pérenniser un espace qu’ils pensent vital, l’ubris des Romains surprend par instant. Parfois, les légionnaires tranchent les membres, d’autrefois ils divisent en pièces des belligérants déjà au sol. Comme si la furie des corps enchevêtrés suggérait une résistance obstinée ; comme si, dramaturgie d’une pièce héroïque, on signifiait les écueils rencontrés pour auréoler le prestige d’une victoire âprement disputée ; on n’oublie pas que l’empereur dut armer esclaves et gladiateurs pour triompher.
La nature, le climat et les éléments extérieurs, ajoutent une saveur supplémentaire à ce qu’il faut appeler une œuvre de propagande. Par moment, les difficultés tangibles des terrains poussent à jeter des ponts de bateaux par-dessus des flots. De distance en distance, des cortèges gravissent des montagnes, ils s’enfoncent en des marais fangeux couverts de roseaux.
L’ensemble dégage le sentiment d’une marche infernale, à pas forcés, la certitude aussi, de la victoire inéluctable. Au sein de la profusion de scènes en spirale, dans l’univers indescriptible de ces figures en miniature, un Jupiter en demi-figure, la barbe ruisselante, tend les bras au milieu d’une volée de nuages. Son ire matérialisée par des éclairs de feux, figurations naïves qui traversent les cieux, sa colère assombrit l’éther, la pluie redouble soudain, altérant les Romains, chassant de ses foudres les adversaires haïs.
En un temps où le paganisme arrivait au crépuscule de ses illusions, où une nouvelle manière d’envisager le monde inintelligible s’affirmait en tant que religion, les Chrétiens y virent le prodige d’une manifestation de leur dieu tout puissant. Ainsi, perçu comme hymne au christianisme par les uns, vu comme un mythe dispersant définitivement le souvenir douloureux des Fourches Caudines par d’autres, la légion dite maintenant fulminante marque le terme de mes investigations. Etape ultime de l’observation, c’est imprégné des atours principaux du monument, que l’on se hasarde à un jugement plus artistique. Hélas, l’art y a le goût amer de la décadence. Plus terne que la colonne Trajane, fait de plus d’approximations, comme si les deux décennies de guerres de Marc-Aurèle avaient eu l’effet fâcheux de privilégier les sentiments prosaïques au détriment des élans enflammés d’âmes fécondes, les élégances des frises, les fines sculptures, vues par ailleurs, ne sont pas là. Aussi, moins aristocratique, moins hellénistique, plus plébéienne, la verve des artistes semble s’être accommodée du but unique de produire une tâche honnête ; sans plus ; sans la création, porté seulement par l’imitation ; sans l’invention, supplée ici par le métier de la copie et de l’artisan…
Abandonnant ce pâle reflet d’une lumière d’antan, on ne se laisse pas abattre par une fadeur qui emporterait les suffrages dans n’importe quelle autre capitale. Et car Rome est incomparable, parce qu’il suffit de s’extirper de la piazza par un corridor, on tombe nez-à-nez avec un autre monument… Dressé sur le Monte Citorio, un obélisque à hiéroglyphes, qui fut apporté à Rome par Auguste, et y servit d’aiguille à un cadran solaire du Champs-de-Mars, orne la nouvelle piazza. Erigé par le pape Pie VI qui le déterra en 1789 et le dressa à la place qu’il occupe aujourd’hui, sur son sommet, une boule de bronze avec une flèche est perforée par le milieu pour donner passage, à midi précise, aux rayons du soleil. L’illustre relique importée pour en faire le symbole de la victoire de l’Empire sur les peuples d’Orient pourrait, si l’on ne prend garde, s’assimiler aux autres obélisques qui peuplent la ville. Pourtant, sans la science de déchiffrer les symboles ésotériques, on frémit face à lui ; car il reste un des deniers vestiges qui nous conduit sur la plaine d’Héliopolis, à la cité sainte à l’aube de l’Egypte, centre et matrice du monde, où le soleil au sortir de l’horizon, avant de prendre son élan pour une course diurne, dardait ses lumières sur sa pointe couverte d’or, simulant la colline de la première fois où Ré se posait à l’aurore…
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