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Cap Fréhel

Cap Fréhel

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Cap Fréhel
Cap Fréhel
Cap Fréhel
Cap Fréhel
Cap Fréhel
Cap Fréhel
Fort la Latte

Fort la Latte

Cap Fréhel
Cap Fréhel

 

 

Cap Fréhel

 

Plus loin la pointe du cap Fréhel, une barrière découpée à pic, toute sourcilleuse, qui obstrue le panorama. Grottes, cavernes, aiguilles minées et pyramides cariées, s’y côtoient sans ordonnancement certain, et offrent une vaste dentelure ciselée par la mer. Sans répit l’onde s’y déchaîne ; elle s’acharne même contre le grand promontoire ; elle crache ses embruns irrités pour les répandre loin dans l’intérieur des terres.

Un combat sans fin ! Une lutte qui commença il y a cinq-cents millions d’années, à l’âge dit primaire ; un âge où les eaux couvraient triomphalement la France, sûres de leur victoire. Cependant elles négligèrent le travail de la Terre, qui plia, puis exhaussa le sol, pour aboutir à des cimes aussi hautes que l’Aiguille Verte ou le Mont Dolent. Mais l’érosion, l’usure marquée du temps, ont eu raison de ces sommets jadis enneigés, et le massif armoricain perdit peu à peu de sa déclivité. Il s’est rapetissé ; il a dépéri ; il s’est recroquevillé, pour maintenant prendre l’aspect immense d’une zone tabulaire.

C’est ce massif défunt qui borde les côtes bretonnes. Il est découpé par les vallées, chantourné de baies plus ou moins spacieuses, parfois prolongé vers la mer par d’immenses éperons de granit injectés de filons plus ou moins précieux ; des porphyres, diabases, gneiss et grès, qui s’émiettent lentement en écueils sous l’action répétée des vagues déterminées.

 

Quel fantastique skaer néanmoins que ce cap Fréhel ! Une cuirasse pourpre qui plonge à pic dans l’Océan ; un colosse sur lequel la houle déverse sa colère ; un panorama unique pour admirer les îles de Jersey, Chausey et Bréhat, la pointe du Grouin, les rives bleutées du Cotentin. Dans cet univers rose tacheté du vert des bruyères, buis et genêts rabougris, j’observe un ancien fanal en retrait qui veille sur sa descendance, un nouveau phare des années 1950.

La nécessité de signaler les écueils dans ces parages a conduit à la péremption du père. Pourtant il fut utile, remplaçant une vieille tour à feu de 1695, mais les Malouins, bien qu’intéressés par son destin, jugèrent utile de conserver l’aïeul mais de le compléter par un phare plus haut, de soixante-dix-neuf mètres, qui projette son feu délivré par un appareil dioptrique à plus de cent kilomètres vers l’horizon, vers Saint-Malo et la baie de Saint-Brieuc aussi.

J’ose m’approcher du précipice. Une tourelle cache en son sein une petite sirène aux cris stridents ; un signal sonore incontournable pour prévenir les marins et randonneurs par temps de brume. Je la dépasse. Maintenant c’est le vide face à moi ; l’Océan ; un autre monde…

Un sentier étroit longe la grande falaise, coloré par le grès oxydé, contrasté par rapport à la mer émeraude et transparente. Il m’entraîne jusqu’à un gros rocher dit de la Fauconnière, une dent monumentale isolée dans l’océan et couverte du guano d’alcidés, de cormorans, qui nichent, pondent et piaillent, en nombre ; on dirait presque un cône de glace aux cassis sur lequel on aurait versé une fine nappe de chantilly…