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Corniglia

Corniglia

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Vue de Manarola depuis Corniglia

Vue de Manarola depuis Corniglia

Corniglia, un des villages des Cinque Terre

Corniglia, un des villages des Cinque Terre

Eglise San Pietro, construite en 1334, style gothique ligure

Eglise San Pietro, construite en 1334, style gothique ligure

Corniglia
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L'oratoire Santa Maria d'Assunta situé dans la partie la plus vieille du village. Elle repose sur les fondations d'une église plus ancienne construite par les Byzantins vers le 5è siècle

L'oratoire Santa Maria d'Assunta situé dans la partie la plus vieille du village. Elle repose sur les fondations d'une église plus ancienne construite par les Byzantins vers le 5è siècle

Corniglia
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Vue en direction de Monterosso al Mare et de la Punta Mesco

Vue en direction de Monterosso al Mare et de la Punta Mesco

Corniglia
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Manarola, avec les fumées s'échappant de ses cheminées

Manarola, avec les fumées s'échappant de ses cheminées

 

Corniglia

 

 

Précédent : Manarola

 

La fin d’une nuit, le début d’un matin… Avide de savoirs, enfant par la pensée, on se nourrit d’espoirs. Face à l’inconstance, la brièveté de deux mondes infinis qui s’obscurcissent et s’illuminent, tourné vers une éternité éphémère et répétitive, on observe un nouveau jour qui se lève. De lui-même, le soleil s’élève par-dessus un immense espace sans existence humaine. Il monte, montre sa force, comment la faible Lune soutenue par l’instabilité noirâtre de la mer ont fait un usage maladroit du temps qu’il leur avait octroyé. Calme, sans courroux cependant, il abandonne sa tanière, s’étire, ne flotte pas encore, ni ne vole davantage ; il entrouve une paupière, agite amusé des vagues déformées qui se battent en tous sens, errent, surprises par l’apparition d’un premier fil de lumière.

D’ébène, couchée sur la mer, à la vue des rayons vivants, la nuit s’évapore. Quel silence ! Quel monde endormi gît immobile, muet, à l’oreille seulement attentive au ressac sempiternel ? Une pause ? Une suspension momentanée qui semble intervenir dans ce mouvement général ? Le pouls régulier, la respiration retenue, comme un temps de silence marqué par un locuteur dans un discours, quelques secondes en suspension préparent l’effet qui va suivre, le souffle rouge de l’astre incandescent qui surgit à l’horizontale, et inspire aussitôt vie aux éléments.

Corniglia, l’étape suivante de la découverte de cette Riviera di Levante, c’est par le train qu’on y arrive. A l’aube. Elle, guetteuse placée en observation par-dessus la côte, est la seule entité des Cinque Terre à ne pas jouxter directement les eaux. Elle veille, perpétue sur une hauteur la tradition, offre une occasion de narrer des bribes d’histoires relatives à ce fragment littoral…

Entre deux tunnels, du wagon on n’aperçoit qu’une multitude de murs soutenant des terrains toujours prêts à s’écrouler semble-t-il. Aucun village ne couvre la base d’une montagne dégarnie d’arbres, offrant une aridité qui attristerait l’œil si on ne voyait là jusqu’à quel point le travail et la persévérance ont, pour ainsi dire, pu forcer la nature. Ces coteaux, lesquels jadis n’étaient que des rochers stériles, sont devenus un verger, un vignoble estimé. Il est vrai qu'alors, dans le bon vieux temps, les gens taillables et corvéables à merci, courageux aussi, ne s’épargnaient guère. Venus vers mille-cent et mille-deux-cents pour la plupart du Val di Vara, ils ont franchi la montagne, fuis le peuplement et les épidémies, pour mettre en place un incastellamento, soyons favorable à ce terme, à l’origine de borghi placés sur les sommets ; Vernazzola, San Bernardino et Fornacchi, et bien sûr Corniglia. Les bordures maritimes peu sûres, objets d’attaques de pirates venus d’Afrique du Nord, ceci détermina Pise, puis Gênes, à se doter d’une flotte convenable pour se défendre, à devenir, par ce levier insoupçonné au début, des thalassocraties redoutables ensuite. D’abord terriens, les nouveaux résidents appliquèrent les principes des Géorgiques sur l’étroitesse de ce territoire. Ils en firent un ensemble de terres exploitées par des collectivités rurales. Ils transformèrent le terroir morphologiquement impropre à la culture en raison de pentes vertigineuses, en un jardin, au climat plus doux qu’à l’intérieur des terres ; créèrent des murs en pierres sèches surplombant la côte sur environ sept-mille kilomètres, y apportèrent sur leurs épaules le complément de bonnes terres indispensables, labourèrent à la houe, seul instrument agricole praticable. La pêche ? Son apport fut plus tardif. Quand la terreur semée sur la côte par les maraudeurs Turcs et Berbères venus d’Orient s’éteint concomitamment à l’émergence du nom des Cinque Terre pour désigner la région, vers les débuts de la Renaissance ; au moment où, sous l’autorité de la République de Gênes, un rapport de fonctionnaire réunit les cinq villages sous un même toponyme, « terre » signifiant petit village médiéval dans la langue vernaculaire alors en usage.

Mais on arrive à Corniglia...

Grisé par le soleil hivernal, si différent des autres villages des Cinque Terre, c’est un lieu presque alpestre qu’oblige à gravir un escalier aux sinusoïdes identiques à celle d’un sentier de muletier. On se croirait en pèlerinage. Bâti sur un nid, rétréci sur un roc à pic qui pointe à mesure de son avancée sur la mer, l’entrée du village souligne une vie antérieure plus prestigieuse qu’à Manarola et Riomaggiore. Résidence des Fieschi, des Doria, avant de passer dans la frange de Gênes, partout le vent s’y brise contre des maisons hautes qui creusent une gorge unique au sein de la cité, la via Fieschi. La population inexistante, les échoppes fermées à l’exception notable d’une bottega où on promeut des produits du terroir, planté sur un rocher, en surplomb, le sol incliné lorsqu’on s’enfonce sous ses arcades, la chiesa San Pietro affirme un style gothique, sévère, dont la principale facétie réside dans sa rosace, en marbre de Carrare, œuvre des Pistoiese Matteo et Pietro di Campiglio. Le reste du village s’en va en pente. Une obliquité douce par rapport au plan de l’horizon que la via Fieschi transperce comme le lit délicieux d’un petit torrent à sec. La rue mal éclairée ; des solives à vue par des fenêtres ouvertes, des blocs en briques cuites, des tuiles, des pierres à la volumétrie variable, des petits perrons aux bougainvilliers fanés, aux glycines pas encore allumées de violets aquarellés ; encadré de ces éléments primitifs, le couloir montre ses flancs brun roux, gris argenté, marron ; des encadrements plus travaillés ; des ouvertures vers des corridors aux voûtes éventrées ; tout un assemblage sombre, sans ruines, qui survit, évoquant des villages de Provence, le Rouergue, les vieux borghi d’une Ombrie véritable conservatoire médiéval.

Toujours dans l’impasse à sens unique, deux arbres émondés, l’oratoire Santa Maria Assunta édifié sur une terrasse, on comprend que l’on se trouve au cœur de la plus vieille partie de la cité ; mais on poursuit, on prolonge ; la via Fieschi comme guide, l’instinct fait aller plus loin, vers quelque chose que l’on espère grand, vers la fin de l’angle saillant qui porte le village.

Au bout, un panorama se dégage. La mer calme, on ne se sent habité par aucune emphase. On regarde, suit le trait de la côte, voit Monterosso al Mare, Riomaggiore au bout de l’horizon, se concentre sur Manarola, plus près, aux halos de fumées échappées de ses cheminées. Une vision qui échauffe et apaise ; une vision qui donne l’impression de se trouver au bord d’un grand lac alpestre ; une vision, dont on sait, qu’elle est à mille lieux du vécu des cohortes de touristes estivaux, une satisfaction, un réconfort en ce lieu dépourvu d’animation aujourd’hui…

 

Suivant : Les doyens